Artistes vs Réseaux sociaux : superpouvoir ou supercherie ?
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Ah là là, en 2025, les réseaux sociaux quand t’es artiste, c’est devenu quasi obligatoire ! Mais t’es déjà demandé comment les autres artistes voyaient la chose ? Comment ils gèrent à la fois leur carrière artistique, leur production, leur promotion et la gestion de leur image pour les réseaux…
Je vous parle d’un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître… Vous connaissez la chanson, il me semble ?
À une époque, tu pouvais être un passionné de musique et devenir un producteur indépendant, puis lâcher une track inédite qui claque et offrir une expérience unique directement avec ton public, en jonglant entre production et prestation.
C’était la belle époque où le talent primait sur le nombre d’abonnés que tu pouvais avoir sur les réseaux pour te faire booker.
Est-ce une bonne chose, l’apparition des réseaux sociaux dans la musique, ou alors est-ce un fardeau pour les artistes ? On a posé la question à divers artistes qui nous répondent ici.
Être un artiste et gérer sa promotion sur les réseaux sociaux, on en parle ?
C’est triste, mais aujourd’hui, faut être à moitié influenceur pour qu’on puisse t’écouter et te booker…
Un dilemme cornélien se pose pour chaque partie à cause d’un mode de consommation qui est devenu viral dans tous les domaines dits marketing. Aujourd’hui, la musique n’y échappe pas.
Les festivals et orgas doivent à tout prix mettre une tête d’affiche pour pouvoir faire déplacer du monde à leur événement.
Il y a des artistes qui se gavent sur le prix de leurs presta en jouant de cela, alors que derrière, il y en a encore qui se produisent gratuitement pour espérer de la visibilité…
Ou alors, t’es un artiste accompli et tu te retrouves sans date, car tu n’es plus assez accessible financièrement aux orgas et tu ne rapportes pas assez d’entrées à toi seul, car tu n’es pas assez suivi sur les réseaux.
En fait, la solution est super simple : vous n’avez qu’à acheter des abonnés sur des plateformes douteuses qui vous enverront des bots ! Comme ça, vous aurez plus d’abonnés et vous serez plus payés ?! Nan, je blague, ne faites pas ça au risque de tout perdre… Je prends cette métaphore afin de montrer à quel point ce côté “nombre d’abonnés” est ridicule en réalité. Car, en vrai, n’importe qui peut tricher à ce niveau, tout comme certains qui envoient des abonnés fictifs à leurs concurrents pour faire en sorte que l’artiste ou la page en question se prenne un filtre et voie sa réputation en ligne prendre un coup.
Les réseaux sociaux imposent d’être partout à la fois, de partager son quotidien comme un lifestyle parfait, à courir après le buzz, d’encaisser les haters et de transformer sa vie en spectacle permanent… Bref, on va dire que je suis vieux jeu, mais ça prend une dimension parfois lourde à assumer à mon humble avis, quand ton souhait à la base, c’est juste de faire de la musique et de faire kiffer les gens.
Sur les réseaux sociaux, un problème revient régulièrement : de plus en plus de DJ publient des extraits de vidéos avec l’audio de petits producteurs, sans jamais mentionner la track ID. Nous n’allons pas nous attarder dessus aujourd’hui, mais il me semblait important de le souligner.C’est un peu comme le fait de ne plus savoir si on regarde une image IA ou non.
Ça devrait être mentionné afin d’éviter que les personnes non informées croient à tort que le DJ est à l’origine du morceau, et pour rendre à César ce qui appartient à César.
BREF, ceci fait déjà débat depuis assez longtemps, mais malgré tout, ce n’est pas systématique chez certains DJ connus de mentionner l’artiste à l’origine de la track utilisée, et c’est bien dommage.
Aujourd’hui, on va plutôt parler de ce que pensent les artistes sur la gestion de leurs réseaux sociaux, car après tout, pour certains, c’est un fardeau, mais pour d’autres, c’est une vraie force… C’est à vous de voir, et j’invite toute personne à prendre le temps de faire quelques recherches sur un artiste quand on a un coup de cœur musicalement. Ne pas s’arrêter aux likes, mais suivre un peu son travail dans sa globalité, lui donner de la force, le repartager : c’est primordial aujourd’hui.
Témoignages d’artistes
Question de base :
1. Selon toi, quelle influence ont les réseaux sociaux sur la carrière des DJ/ producteur ?
2. Est-il compliqué de jongler entre la double casquette de DJ et community manager (gérer tes réseaux) ?
Leks
Aujourd’hui, l’influence des réseaux sociaux est assez pernicieuse. Pour un artiste producteur ou un DJ qui se lance, c’est devenu beaucoup plus compliqué, car il est quasiment obligatoire d’avoir une double casquette. Ce n’est pas pour rien que les très grands artistes, connus mondialement, ont des community managers qui s’occupent de cela pour eux. Ils savent que c’est un job à part entière et que c’est très complexe.
Il y a énormément d’offres sur la scène, alors que la demande n’est pas aussi forte. La compétition repose donc sur la capacité à se faire voir, et aujourd’hui, la musique n’est plus vraiment au centre des attentions. C’est la manière de se vendre qui compte. Certains deviennent des influenceurs, et la musique devient du marketing, ce qui est paradoxal pour un milieu qui se veut underground, notamment dans la techno.
Je pense que cette dépendance aux réseaux sociaux a vraiment explosé après le COVID, entre 2020 et la fin des années 2010, lorsque TikTok et Instagram se sont imposés. Personnellement, j’ai eu la chance de commencer avant cette période (2014-2015), à une époque où l’on n’était pas aussi dépendant des réseaux pour se faire connaître.
Je fais partie de la génération SoundCloud. C’était une plateforme qui permettait réellement de faire découvrir sa musique, sans l’aspect réseaux sociaux : pas d’images, juste des morceaux. Grâce à SoundCloud et Bandcamp, j’ai pu me faire connaître dans un environnement purement musical. Aujourd’hui, vouloir se tenir à l’écart des réseaux tout en étant un artiste émergent est devenu très compliqué.
Les réseaux ont des bons côtés, mais aussi beaucoup de mauvais. Dans tous les domaines artistiques, être son propre community manager est devenu une obligation lorsque l’on est indépendant.
Uphoria
1. Selon moi, les réseaux sociaux ont un impact énorme sur la carrière des DJ / producteur , avec des aspects à la fois positifs et négatifs.
Ils permettent non seulement de se faire connaître, mais aussi de créer une vraie connexion avec son public et d’attirer de nouvelles opportunités. Ce sont des outils pour montrer son identité artistique, partager des morceaux, des lives et interagir avec ses followers.
Cependant, cela peut aussi générer une pression constante : il faut être régulier et pertinent dans ses publications. On perd le charme du naturel, tout devient calculé – l’horaire du post, le texte, la photo de couverture… On s’éloigne du feeling que l’on retrouve sur scène.
D’un côté, Instagram est devenu notre portfolio : il nous permet d’être booké sur certains événements et de nouer des contacts professionnels. Mais de l’autre, la communication prend autant de temps que la production musicale.
2. Jongler entre la double casquette de DJ et de community manager n’est pas toujours simple ! Gérer les réseaux demande du temps, de la stratégie et de la créativité, ce qui peut vite devenir un travail à part entière.
Pour ma part, j’essaie de trouver un équilibre en planifiant mes publications à l’avance et en restant fidèle à mon style pour ne pas subir la pression des algorithmes. Mais même avec de l’organisation, j’ai parfois des posts en retard de plusieurs mois…
Chaque réseau social a ses spécificités : TikTok demande du contenu divertissant et accrocheur, tandis qu’Instagram exige une approche plus professionnelle et esthétique. Trouver le bon équilibre entre ces formats n’est pas toujours évident.
Mais au final, je ne vais pas me plaindre ! Quand on est passionné, on ne compte pas. Aujourd’hui, je vis de mon métier après des années de travail acharné. C’est mon rêve d’enfant qui se réalise.
Vandal
1. Les réseaux sociaux ont une grande influence sur la perception qu’ont les gens d’un artiste. De nos jours, ils sont indispensables, mais ils donnent souvent une image faussée de la réalité.
On peut être un producteur incroyablement talentueux, mais rester dans l’ombre si l’on ne gère pas bien sa présence en ligne. À l’inverse, certains artistes n’ont aucune compétence en production musicale, font appel à des ghost producers, mais réussissent uniquement grâce à une stratégie social media efficace, souvent pilotée par un manager.
Cela donne, selon moi, une mauvaise image de la musique, qui devrait être jugée sur sa qualité et non sur la capacité d’un artiste à gérer ses réseaux sociaux.
2. Oui, cela peut être un défi. Comme pour tout, il faut du temps pour apprendre à bien le faire, et cela demande un véritable investissement. Lorsqu’on passe son temps libre en studio, en tournée, ou avec sa famille, il peut être difficile de trouver le temps pour être constamment actif sur les réseaux sociaux.
Ce que je n’aime pas non plus, c’est que les réseaux sociaux fonctionnent comme une addiction. Beaucoup ressentent une baisse de moral s’ils ne reçoivent pas d’interactions ou de réactions, ce qui ne devrait pas être le cas. Malheureusement, c’est un reflet de la société actuelle.
Cela dit, je ne suis pas contre les réseaux sociaux. Ils permettent aux fans d’avoir un aperçu de nos vies, de créer un lien direct avec eux et de partager des moments importants. Mais il faut savoir trouver un équilibre pour ne pas se laisser submerger.
Gazovitch
1. Les réseaux sociaux jouent un rôle majeur aujourd’hui. Certains DJ/producteurs se basent uniquement sur les tendances et leur image, en délaissant la musique.
2. Pour moi, ce n’est pas compliqué, car je travaille dans l’image et les marques. Gérer mes réseaux fait partie de mon quotidien. Je me facilite la tâche en n’ayant pas de réseaux sociaux personnels : je vais sur Instagram uniquement pour mon compte pro.
Nusha
1. Les réseaux sociaux sont essentiels pour un DJ. Ils permettent de partager sa musique, d’échanger avec les fans et de montrer sa personnalité. Une seule publication peut toucher un public mondial, ouvrir des opportunités et élargir son audience.
2. Mais cela reste un défi. Être DJ, c’est avant tout faire de la musique et des performances. Or, les réseaux exigent des mises à jour constantes et de l’interaction, ce qui revient à jongler entre deux métiers.
Cela dit, si on garde ça amusant et authentique, c’est un excellent moyen de rester connecté avec son public.
Ixidamix
1. De nos jours, tout le monde vous dira qu’en tant que DJ, il est absolument essentiel d’avoir une présence active sur de nombreuses plateformes de réseaux sociaux. Certaines réservations se font désormais exclusivement en fonction du nombre de followers, sans pratiquement aucun rapport avec le talent réel. Cela favorise davantage les personnalités extraverties en ligne, au détriment des génies musicaux plus timides ou introvertis.
Le métier de DJ est devenu beaucoup plus accessible au fil des années. Bien que cela soit positif, cela a également conduit à l’émergence d’une armée de performeurs en ligne, dansant derrière leurs platines, plus soucieux de leur apparence face à la caméra que des morceaux qu’ils jouent.
Cela dit, j’ai toujours pensé que le plus important pour un DJ est la sélection musicale, et cela reste vrai. Cependant, cette accessibilité a inévitablement saturé le marché, rendant beaucoup plus difficile de se faire entendre au départ – et c’est là que les réseaux sociaux entrent en jeu.
2. Je me considère chanceux, car j’exerce ce métier depuis de nombreuses années et j’étais déjà connu avant l’essor des réseaux sociaux. Cela me libère d’une certaine pression liée à la création de contenu constant : si les gens s’intéressent vraiment, ils chercheront eux-mêmes l’information.
D’un point de vue positif, c’est évidemment agréable de pouvoir échanger directement avec les fans, les informer des dates de concerts ou des prochaines sorties musicales. Cela permet aussi d’avoir un retour instantané sur les morceaux ou les sets live qui fonctionnent le mieux.
Cependant, le monde des réseaux sociaux est en pleine mutation. Beaucoup essaient d’éviter de soutenir des oligarques comme Musk et Zuckerberg, tout en ne voulant pas perdre leurs contacts et connexions établis. J’espère donc que nous évoluons vers une manière plus constructive et positive d’interagir en ligne, que l’on soit DJ ou non.
Mais pour répondre à la question : oui, c’est un vrai défi et cela prend énormément de temps, surtout en tant qu’artiste indépendant. En réalité, cela laisse moins de temps pour l’essentiel : la création musicale.
Conclusion
En fin de compte, les réseaux sociaux pour un artiste, DJ ou producteur, c’est à la fois une force et un fardeau. Ils offrent une vitrine mondiale, une connexion directe avec le public et parfois même des opportunités qu’aucune autre époque n’aurait pu offrir. Mais en parallèle, ils imposent une pression constante : être visible, savoir se vendre, produire du contenu en permanence… parfois au détriment de la musique elle-même.
Certains y voient un superpouvoir qui décuple leur carrière, d’autres une véritable contrainte qui les éloigne de leur art. Une chose est sûre : ignorer les réseaux sociaux en 2025, c’est quasiment choisir de rester dans l’ombre. La clé, peut-être, réside dans l’équilibre : apprendre à se servir des plateformes sans s’y perdre, garder son authenticité tout en jouant avec les codes.
Parce qu’au final, ce qui compte vraiment, ce n’est pas le nombre de followers, mais la sincérité de la musique et la connexion qu’elle crée avec ceux qui l’écoutent.
Eric, le capitaine du navire TechnoMag, est développeur web, consultant SEO, rédacteur de metier, et surtout fanatique de musique ! Depuis l’enfance, il est attiré par les basses et les kicks, passant des heures à écouter et jouer sur machines pour le plaisir, avec son frère et ses amis, depuis plus de dix ans. Globe-trotteur, il a exploré des free parties sauvages et illégales jusqu’aux plus grands festivals internationaux. Dans son passé, il a aussi été VJ et impliqué dans l’organisation de soirées pas toujours vraiment autorisées. Aujourd’hui, il aime capturer l’énergie des événements pour la retranscrire aux autres, que ce soit derrière l’appareil photo, la caméra, ou en rédigeant un article. Avec quelques missions bénévoles à son actif et une association toute neuve, il rêve d’un lieu autonome où chacun pourrait balancer son set sans craindre de perdre son matos.






